📖 Récits

« Après son départ » – récit de la perte amoureuse

Il y a des pertes qui ne font pas de bruit. Elles s’installent dans les gestes ordinaires. L’amour s’en va, mais le quotidien reste. C’est souvent là que commence le passage.

La perte amoureuse

Elle n’a rien changé dans l’appartement. Les verres sont toujours au même endroit. La table aussi. Même la chaise, près de la fenêtre, est restée contre le mur.

Le matin, la lumière entre sans demander. Elle s’assoit, boit son café lentement. Le goût est plus amer qu’avant, ou peut-être qu’elle le remarque seulement maintenant. Elle regarde la rue en contrebas. Les passants marchent vite. Personne ne sait.

Avant, ils parlaient peu le matin. Un regard, parfois une main sur l’épaule. C’était suffisant. Elle pensait que cela durerait ainsi, sans bruit, sans promesse. Une continuité simple.

La perte n’est pas arrivée d’un coup. Pas de cri. Pas de scène. Juste une phrase, dite un soir trop calme. Une phrase qui a glissé entre eux, comme une lame fine.

Après, il a pris ses affaires. Peu de choses. Elle l’a regardé fermer la porte. Le clic de la serrure est resté longtemps dans l’air.

La réaction intérieure

Les jours suivants, elle a continué. Se lever. Travailler. Répondre. Sourire quand il fallait. Mais quelque chose résistait à l’intérieur.

Un poids, discret. Pas une douleur franche. Plutôt une fatigue nouvelle, logée dans la poitrine.

Elle a commencé à remarquer des détails. Le silence plus dense le soir. Le froid du drap de son côté du lit. Le bruit du frigo, trop présent.

Parfois, une image surgit sans prévenir. Sa nuque. Une phrase banale. Un rire. Cela traverse, puis repart. Elle ne retient rien. Elle laisse passer.

Un dimanche, elle sort marcher. Le ciel est bas. L’air humide. Elle marche longtemps, sans but précis. Ses pas font un bruit régulier sur le trottoir. Cela la rassure un peu.

Elle s’arrête près d’un pont. L’eau est sombre, lente. Elle s’appuie contre la rambarde. Son souffle est court. Elle ne pleure pas. Elle reste là, simplement.

Je ne sais plus où je vais, pense-t-elle. La pensée ne l’effraie pas. Elle la constate.

La non-résolution

Il y a comme une fissure en elle. Pas assez large pour tomber. Juste assez pour laisser entrer quelque chose d’inconnu.

Elle rentre chez elle en fin d’après-midi. La lumière a changé. Plus douce. Elle enlève son manteau, le pose sur la chaise. La même chaise. Elle hésite, puis la déplace légèrement. De quelques centimètres seulement.

Le soir, allongée, elle écoute son propre souffle. Il est encore là. Régulier. L’amour est parti. Pas elle.

Elle ferme les yeux. Rien n’est résolu. Mais quelque chose, très lentement, commence à se déplacer.